Kaunas - Le fort VI

Fort VI - Le casernement

Le lendemain matin, Vladimir vint de bonne heure à l’hôtel pour m’emmener visiter et photographier le premier fort. La veille, nous avions décidé de porter notre choix sur le fort VI situé à l’est de Kaunas. Nous traversâmes la ville encore calme à cette heure-ci de la journée et arrivés dans les faubourgs de la ville, nous nous engageâmes sur une route étroite qui nous mena au bout d’un chemin de terre. Nous abandonnâmes la voiture devant une haute grille métallique attaquée par la rouille. A pied, nous contournâmes l’obstacle et j’allai découvrir, grâce à Vladimir, les secrets de ce fort. Sa construction dura de 1883 à 1889 et fit partie du programme initial de huit forts. L’architecture repose sur la technique classique des forts russes de cette période. Les constructions en briques rouges sont complétées sur le dessus par des couches de terre de plusieurs mètres d’épaisseur. L’ouvrage est symétrique et présente six faces. Il est ceinturé par un fossé défendu par deux coffres simples et un coffre double de tête. Les coffres sont reliés entre eux par des galeries distribuant vers l’intérieur du fort. L’arrière du fort est inversé pour n’offrir aucune prise aux tirs ennemis et l’entrée se trouve au milieu des deux faces arrière. Un pont-levis et une casemate double protègent cet unique accès (le deuxième accès étant neutralisé en période de crise) ainsi que le fossé dans ses parties arrière. Après le tunnel d’entrée, on débouche sur un espace central à ciel ouvert donnant sur le casernement. Les vastes chambres destinées aux troupes sont disposées en deux lignes symétriques d’une dizaine de chambres chacune. Elles donnent accès directement à l’espace extérieur mais communiquent également entre elles. Il est ainsi possible de rejoindre à partir de chaque chambre la galerie centrale. Celle-ci distribue en son milieu à gauche et à droite vers une cour au bout de laquelle se trouvent une poudrière, les abris des canons ainsi que le départ des rampes d’accès aux plateformes d’artillerie disposées sur le dessus du fort. Au fond de la galerie se trouve le coffre double de tête. Une pluie fine tombait et rendait difficile notre progression sur les talus détrempés et envahis par les herbes folles. Vladimir me dit en souriant :
- C’est un temps normal ! En Lituanie, il s’arrête de pleuvoir tous les quarts d’heure !
Le dessus du fort a quelque peu perdu son aspect d’origine et laisse davantage penser par ici, à une butte boisée par des bosquets d’arbres et par là, à une colline recouverte par des hautes herbes et des broussailles. La nature a repris ses droits.
Hormis les plateformes destinées aux pièces d’artillerie chargées de produire un tir de barrage frontal, le fort remplissait sa mission de flanquement en direction des forts voisins grâce à quatre casemates équipées de canons et situées sur chacune des faces avant. C’est à la lumière d’une lampe torche que nous progressâmes à l’intérieur des ouvrages. Les galeries, les poudrières et les abris à canons sont humides et sombres. Le sol est recouvert de nombreux débris mais la structure de l’ouvrage résiste très bien à l’usure du temps. Je photographiai sur les voûtes des dessins et décorations réalisés par les soldats allemands ou russes, rares traces visibles d'une présence humaine. Après plusieurs heures passées à explorer le fort VI, nous reprîmes la route du centre-ville.
Nous nous sommes garés à proximité de l’église catholique de l’Archange Saint-Michel. Cette église au départ orthodoxe avait été érigée sous l’empire russe pour les besoins de la garnison. Nous déjeunâmes dans un restaurant situé dans une rue adjacente pour déguster des galettes de pommes de terre accompagnées d’une excellente sauce aux champignons qui me firent penser aux draniki biélorusses.
Après la pause déjeuner, nous rejoignîmes notre véhicule pour nous diriger vers un ouvrage secondaire construit peu avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale et chargé de renforcer le système de défense principal. Il s'agissait d'une imposante casemate de béton longue d’une trentaine de mètres et destinée à accueillir une compagnie entière et quelques pièces d'artillerie. La technique utilisée pour cet ouvrage tenait compte des dernières évolutions en matière d’artillerie. Les plafonds sont protégés pas une double rangée de poutrelles d’acier juxtaposées qui renforcent l’imposante épaisseur de béton.

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