Kaunas - La colline Napoléon

Sur le chemin de l’hôtel, j’ai fait connaissance avec Karina et Oleg, un couple d'étudiants. Nous avons sympathisé et après leur avoir exposé la raison de ma présence à Kaunas, ils me proposèrent de m’accompagner en début de soirée au fort V pour le visiter.
Kaunas me faisait penser à une ville sur le déclin. Je ne ressentais pas le dynamisme que pourrait afficher la deuxième ville du pays. Nous étions le samedi après-midi, le temps était ensoleillé et le centre-ville était désespérément vide. De nombreux commerces étaient déjà fermés et les rares passants étaient pressés de rentrer chez eux.
A dix-neuf heures, en sortant de l’hôtel, je tombai face à une limousine noire. Au volant, je reconnus Oleg, Karina était assise à sa droite. Je m’installai à l’arrière dans les fauteuils moelleux en cuir. Je fis part à Oleg de mon étonnement de voir un étudiant rouler dans une voiture d’aussi grosse cylindrée (il s’agissait d’une Mercedes 500 équipée d’un moteur V8 de plus de cinq litres de cylindrée). Il me répondit qu’il avait acheté la voiture aux Etats-Unis pour la faire livrer en Lituanie. Il avait fait transformer le véhicule pour le faire fonctionner au GPL qui coûtait deux fois moins cher que le carburant classique ! De plus en plus d’automobilistes lituaniens passent du carburant classique au GPL. Je m'interrogeai sur la raison pour laquelle on n'observait pas un phénomène identique en France. Le GPL y est aussi en moyenne deux fois moins cher. L'économie de marché ne posait visiblement aucun problème à Oleg, étudiant en école de commerce...
Oleg voulut me montrer la colline Napoléon qui se trouvait sur la route du fort V. Nous roulâmes en direction de l’est, le long des quais qui épousent les courbes du Niémen, un temps frontière naturelle entre le Royaume de Pologne et l’Empire de Russie. Sa conduite était nerveuse et les accélérations projetaient le véhicule vers l'avant. Tout cela contrastait avec les moyens de transport que j’utilisais depuis quelques jours. Il gara sa puissante limousine au pied de la colline et nous grimpâmes tous les trois au sommet. Celui-ci est plat et offre entre les arbres une belle vue sur la plaine à l’est de Kaunas. C’est à cet endroit que le Niémen fait un angle, coulant jusqu’à là du sud au nord, pour prendre ici la direction ouest vers la mer Baltique. De là, on voit le Niémen faire ses méandres, soulignant avec ses boucles bleutées la rive occidentale qui domine la rive orientale en contrebas. Le 23 juin 1812, Napoléon et son aide de camp étaient montés sur cette colline pour observer les environs. Pour ne pas se faire repérer par d’éventuels soldats russes placés sur la rive opposée, Napoléon avait revêtu une tunique polonaise. Cette position lui offrait une vue sur la plaine située de l’autre côté du Niémen en territoire russe. C’est là qu’il prit la décision de l’endroit où le général Eblé allait construire les quatre ponts qui permettraient à son armée de traverser le fleuve le 24 juin et de marquer le début de la campagne de Russie qui allait se solder par une catastrophe six mois plus tard.

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